Un nouveau métier pour répondre aux besoins de la population

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D’un côté, il y a les rêves et les aspirations des participant.e.s à la formation en alphabétisation de l’asbl Lire et Écrire Luxembourg. De l’autre, la réflexion sur les besoins de la population, menée avec les partenaires de la région. Le résultat ? La mise sur pied d’une formation totalement innovante et la création d’un nouveau métier : aide ménager.e social.e. Une aventure passionnante, dont les mots-clés sont ‘partenariat’ et ‘créativité’, soutenue par le Fonds Dr. Daniël De Coninck, géré par la Fondation Roi Baudouin.

La population – vieillissante – de la région a besoin d’un accompagnement ménager et social : tel est le constat dressé par l’asbl Lire et Écrire Luxembourg, dans le cadre des travaux menés avec l’Instance Bassin, qui a pour vocation d’améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande en compétences. En partenariat étroit avec deux autres organismes d’insertion professionnelle, La Trêve et le Centre d’Éducation Permanente et de Promotion Sociale des Travailleurs (CEPPST), cela a débouché sur la mise sur pied d’une formation d’aide ménager.e social.e, innovante à plus d’un titre.

Au commencement : maîtriser la langue
En amont de l’aventure, il y a la formation en alphabétisation dispensée par Lire et Écrire Luxembourg à des apprenant.e.s qui ne maîtrisent pas les bases censées être acquises à la fin de l’école primaire. « Ces lacunes peuvent être liées au fait que, dans certaines cultures, l’accès à la scolarité est compliqué, surtout pour les femmes. Mais elles ne touchent pas que les personnes d’origine étrangère », précise Rita Stilmant, directrice de l’asbl. « Quelque 30% de nos apprenant.e.s ont été scolarisés en Belgique, dès leur plus jeune âge, et se trouvent en situation d’illettrisme. »

Chaque année, l’asbl permet à plus de 300 personnes de s’immerger dans la pratique et la compréhension du français, préalable obligé avant de pouvoir suivre une formation permettant de mettre le pied à l’emploi. Ces formations ne sont pas conçues sur le modèle ‘classique’ : « Nous partons des compétences des apprenant.e.s, de leur vécu, de leurs desideratas. Nous construisons le parcours d’apprentissage avec eux, pas à pas. Nous sommes donc très à l’écoute de leurs réalités de vie et de leurs besoins », souligne Rita Stilmant.

Nouveau métier
Parallèlement, dans le cadre des travaux de l’Instance Bassin et en partenariat étroit avec La Trêve et le CEPPST, l’asbl s’est intéressée aux besoins des habitant.e.s de la province en matière d’aide et de soins à la personne. Et ils sont criants : « La population vieillit et partage largement le désir de rester à domicile le plus longtemps possible. Il nous a donc semblé tout à fait opportun d’instaurer une formation professionnalisante d’aide ménager.e social.e. » Un métier nouveau, en voie d’acquisition d’une reconnaissance statutaire, qui est appelé à se développer.

« Ces aides ménagères sociales – ce sont surtout des femmes jusqu’ici – veillent à l’entretien du logement et du linge des personnes dépendantes, et ce, en présence des usagers, avec lesquels elles nouent aussi des liens sociaux. Elles travaillent également en interconnexion avec les autres professionnel.le.s qui entourent les usagers : aides familiales, aides soignant.e.s, infirmier.e.s à domicile, assistants sociaux, etc. Ce travail en réseau exige ouverture d’esprit, sens de l’écoute et collaboration. » Sans compter une bonne dose d’autonomie, une grande flexibilité, et un moyen de déplacement : « Les exigences sont nombreuses, or le public que nous formons est fragile sur le plan socio-économique », rappelle Rita Stilmant. « Le moindre pépin, tel une voiture arrivée en bout de course, peut faire capoter le fragile équilibre. Il faudra donc veiller à rémunérer décemment ce métier, à donner aux professionnel.le.s les moyens de l’exercer. Cela implique un changement de paradigme sociétal car, jusqu’ici, le secteur de l’aide et des soins aux personnes est peu valorisé. »

Pour arriver au terme de cette formation d’une durée de huit mois et de leur stage d’une centaine d’heures, les apprenantes doivent s’accrocher, et parfois jongler entre différentes contraintes, notamment familiales, de mobilité, etc. D’où l’importance de les soutenir dans leur projet, de les accompagner, de les aider à identifier leurs ressources et d’encourager la solidarité. « L’agent d’accueil et de guidance joue là un rôle essentiel : elle se tient au quotidien aux côtés des participantes à la formation certifiante et les aide à surmonter les difficultés. »

Partenariat à tous les étages
La première promotion a été certifiée en 2018 et la troisième, celle de 2020, a dû s’adapter aux contraintes imposées par le Covid-19 : dédoublement des classes, stages en milieu professionnel programmés en juillet et août, allongement de la session, etc. « Nous sommes habitués à faire preuve de créativité », sourit Rita. Rien d’étonnant, donc, si la formation ne se décline pas sur le mode pyramidal, du ‘haut’ vers le ‘bas’, mais se base, au contraire, sur le partage de compétences – « car nos apprenantes en ont beaucoup, acquises au cours de leur parcours de vie ». Les formateurs et formatrices travaillent en tandem : aux côtés de la formatrice de Lire et Écrire Luxembourg intervient, en alternance, un formateur de l’un des deux autres centres partenaires, chacun avec ses outils particuliers : alphabétisation, remise à niveau, français langue étrangère, etc.

Par ailleurs, Lire et Écrire Luxembourg collabore aussi avec le Forem, qui définit le contenu du module technique ‘Entretien de la maison et du linge’ et délivre le contrat de formation professionnelle aux apprenantes. De son côté, la Promotion sociale de Libramont définit le cahier méthodologique et pédagogique de l’aide ménager.e. social.e, et élabore les contenus qui concernent les relations professionnelles, la déontologie, l’éthique et les aspects sociaux du métier. « Un véritable travail en réseau, donc », se félicite la directrice de Lire et Écrire Luxembourg.

Un travail aux immenses effets : « Pour nos apprenantes, c’est souvent la première fois de leur vie qu’elles se voient gratifier d’un certificat professionnalisant. Cela représente un pas énorme : elles se rendent compte qu’elles ont des compétences, et que ces compétences sont précieuses et reconnues. Au fil de nos formations, nous voyons que les personnes se redressent, gagnent en estime d’elles-mêmes, et c’est là sans doute le plus beau« , se félicite Rita.

« Fière de moi ! »
Emilie, 36 ans, est arrivée en Belgique de son Kinshasa natal il y a dix ans. Pendant quatre ans, elle a suivi le parcours en alphabétisation proposé par Lire et Écrire Luxembourg : « Je ne savais ni lire, ni écrire en français : un vrai handicap », se rappelle-t-elle. Elle entend alors parler de la formation d’aide ménagère sociale et cette perspective l’enthousiasme : « Je travaillais déjà comme ménagère via les titres-services, mais le plus souvent, je faisais le ménage en l’absence des occupants de la maison, alors que je rêvais de contacts sociaux. Le qualificatif ‘social’ m’intéressait particulièrement. » Emilie se lance dans l’aventure et décroche le certificat d’aide-ménagère sociale. Elle ressent cela comme un véritable bond en avant : « Je suis fière de moi ! ». Et, depuis, des portes se sont ouvertes : « Je travaille à présent dans un home pour personnes âgées, c’était mon rêve. Jusqu’ici, je fais des remplacements, mais j’ai de bonnes perspectives d’être engagée pour de bon, très prochainement. »

Un coup de pouce et le rêve devient réalité.

A propos de cet appel à projets
Le Fonds Dr. Daniël De Coninck investit dans des soins de première ligne humains, accessibles et de qualité. Il agit pour améliorer la santé et la qualité de vie des personnes qui ont besoin de soins ou de soutien à domicile, et pour soutenir les professionnels des soins et du bien-être. Parmi les différentes initiatives lancées par le Fonds, l’appel ‘Préparer l’avenir de l’emploi dans les secteurs de l’aide et des soins à domicile’ entend soutenir des projets qui répondent aux enjeux du recrutement et de la fidélisation du personnel. Le projet de l’asbl Lire et Écrire Luxembourg est l’un des 10 projets sélectionnés, qui bénéficient d’un soutien total de 1.448.003 euros.

Copyright photo: Lire et Ecrire Luxembourg asbl

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